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Je me souviens de mai 1968

En ce cinquantenaire du 22 mars 1968, sur de nombreux médias, tout le monde raconte "son mai 1968". De Serge July à Edouard Balladur, Daniel Cohn-Bendit, Alain Geismar,... Jacques Sauvageot nous a quitté il y a peu.

Ce matin j'ai écouté sur France Culture Régis Debray qui s'est dit "éloigné" ; en fait il était prisonnier en Bolivie.

Je n'ai pas la renommée du "médiologue" mais, moi aussi j'étais éloigné. J'étais "en campagne" en Méditerranée Orientale à bord de l'Escorteur d'Escadre CASSARD qui portait la marque de l'Amiral commandant FLOMED (La Flottille de la Méditerranée). J'étais un de ses officiers d'État-Major.

J'ai cependant rédigé en 2012 un petit texte destiné à un ouvrage collectif dont le nom correspond au titre de cette note.

Je l'ai aussi repris dans un livre publié à compte d'auteur peu de temps après :

1962 - 1968 Six ans pour grandir.

Le texte est disponible en cliquant sur l'onglet suivant :

 

Cassard.jpg

"Je me souviens de l'escorteur Cassard et de l'amiral parfumé à l'état-major duquel j'étais affecté en mai 68.

Je me souviens que les exercices OTAN ont pris fin vers le 10 mai.

Je me souviens que des copains sont allés à terre au Pirée alors que j'enrageais d'être de garde pour la journée à la coupée, et qu'ils ont rapporté Le Figaro. Ce "torchon" décrivait un Paris plein de barricades et publiait d'impressionnantes photos du bordel du Quartier Latin. On a dit au souper : "Prenez des drachmes au commissariat, ils n'acceptent plus les francs !" Depuis le 27 avril 1967, la Grèce vivait sous une dictature militaire et, dans ces conditions, la marine d'un État en proie aux soviets était mal venue.

Je me souviens que la mère de ma fiancée m'a écrit que l'appendicite de sa fille la protégeait opportunément de la tentation d'aller traîner dans le Quartier avec les "évènements".

Je me souviens de l'intérêt amusé des appelés et des X, à la lecture des dépêches de l'AFP, et des ricanements qu'avait occasionné la mise aux arrêts de 30 jours du fils de Gaulle pour manquement à l'obligation de réserve.

Je me souviens d'avoir eu à représenter l'amiral et le commandant du Cassard à une réception organisée à bord d'une frégate de Sa Gracieuse Majesté, niveau de délégation qui constituait une petite provocation antibritannique, et de n'avoir eu aucun mal à assumer mon devoir de réserve tant mon information sur la situation en France était imprécise.

Je me souviens d'avoir commencé à prendre les choses au sérieux quand j'ai pu lire dans France-Soir, le lendemain, que le mouvement en France s'étendait aux ouvriers et que la CGT était dans le coup.

C'est à Beyrouth que j'ai appris que les grèves continuaient de s'étendre et je m'en étais réjoui secrètement. Cette actualité traduite en télex sans photos ni restitution sonore paraissait irréelle.

Je me souviens de diverses étreintes, et d'une nuit où j'ai partagé deux Canadiennes avec un matelot journaliste, ce qui m'a valu un avertissement du capitaine de corvette B. (de l'état-major) : "Vous ne devez pas fraterniser avec les appelés du contingent, surtout les matelots".

Je me souviens d'un message "POUR TOUS LES PORTS MILITAIRES ET ARSENAUX, FACTIONNAIRES ARMES ROUGES", ce qui voulait dire que les chargeurs des PM étaient approvisionnés et que les PM étaient prêts à tirer. Je me souviens aussi d'un autre message faisant état du mouvement des commandos marine vers Paris.

Je me souviens que les appelés et les X ont commencé à discuter sur les évènements en France et les excès d'autorité, et à se poser la question sur l'éventualité d'avoir pour mission de "maintenir l'ordre en France". Nous avons finalement considéré que notre métier était de conduire des bateaux, le cas échéant de mettre en œuvre des armes navales.

Je me souviens qu'on a pensé "faire le bord" à Livourne, que nous avons sorti notre mois de solde en lires, à tout hasard.

Je me souviens que nous commencions à penser qu'il n'était pas plus grave de déserter que de participer à la défense d'un régime qui deviendrait militaire.

Je me souviens de la disparition de de Gaulle et d'un sommet des bâtiments amiraux en haute mer.

Je me souviens que l'escale de Livourne a été annulée et que j'ai rendu mes lires.

Je me souviens que de Gaulle est revenu.

Je me souviens du défilé du 30 mai.

Je me souviens que le rêve par correspondance électromagnétique a pris fin avec le retour de l'escadre à Toulon.

Je me souviens qu'on m'a emmené voir "les restes" à la Sorbonne, et que mes copains m'ont raconté que le Parti avait trahi, que le pouvoir avait été "à ramasser".

Je me souviens qu'ils ne m'ont pas cru quand je leur ai parlé des commandos marine en route vers Paris. Mais que mon père m'a cru : "Ignorer le risque militaire aurait été une folie !".

Cercle Barbara Saluti

Longtemps je me suis souvenu de MAI 68 - Le Castor Astral – mai 2002

 

 

Commentaires

  • pas mal , bons souvenirs , moi j 'étais en terminale e t j ai participé à mon niveau;je me souviens d'une UEC complètement dépassée ;dommage que la jonction ouvriers étudiants ne se soit pas faite....En fait et c 'est bizarre je me'intéresse plus à la la guerre d 'ESPAGNE , au front popu et à la 2 eme guerre mondiale ....

  • Yo, al contratio, me gusta leer acerca de la guerra civil en España. ¡Estoy estudiando castellano con los jugadores y tambien con Duolingo y la computadora!
    ¡Besos!

  • Moi je me souviens qu'il y a 50 ans, je préparais mon mariage au coeur du quartier latin: mairie du V° et église Saint Etienne du Mont, de part et d'autre du Panthéon: le 6 avril, tout était calme et le fond de l'air était frais...
    Et puis avec mon épouse, elle à la fac de Droit d'Assas, et moi à SupElec à Malakoff, habitant en chambre de bonne au carrefour Bd St Germain - rue St Jacques, nous avons été aux premières loges pendant toutes les semaines qui ont suivi, et respiré très souvent - en pleurant - des gaz lacrymogènes...

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